Le 21ème siècle, marqué par un double défi sur la ressource en eau et sur l'accès à l'eau
La tension sur la ressource en eau ne cesse de s'accroître : les volumes disponibles ne peuvent plus satisfaire l'ensemble des besoins, sous-tendus par la croissance démographique et le développement économique. D'ici 2025, la consommation domestique croîtra d'environ 40 % et la consommation pour l'irrigation (qui représente aujourd'hui 70% des prélèvements) de 17 %. Cette tension est particulièrement sensible dans les pays du pourtour méditerranéen dont certains sont passés sous le seuil de pénurie absolue fixée par les Nations Unies à 500 m3/habitant/an. Lorsque ces ressources sont partagées par plusieurs pays, cette tension peut s'accompagner de conflits politiques. Par ailleurs, 90% des rejets domestiques et industriels ne sont pas traités et contaminent les ressources disponibles.
Le manque d'accès à l'eau et à l'assainissement est par ailleurs la première cause de mortalité au monde (choléra, diarrhées...). On estimait en 2000 à 1,1 milliard le nombre de personnes privées d'un accès convenable à l'eau potable et à 2,4 milliards celles ne disposant pas d'assainissement.
Les conflits et catastrophes naturelles (à l'image du Tsunami qui a frappé l'océan indien en décembre 2004) ne font qu'aggraver la situation et nécessitent la mise en place de mécanismes post-crises.
Un Objectif du Millénaire pour le Développement dédié à l'eau
Pour faire face à ces défis, l'assemblée générale des Nations unies (septembre 2000 - New York) a défini un Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD) spécifiquement dédié à l'eau.
L'OMD n°7 - Assurer un environnement durable, inclut trois cibles :
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Intégrer les principes du développement durable dans les politiques nationales et inverser la tendance actuelle à la déperdition des ressources environnementales.
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Réduire de moitié, d'ici à 2015, le pourcentage de la population qui n'a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau de boisson salubre et à des services d'assainissement de base.
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Réussir, d'ici à 2020, à améliorer sensiblement la vie d'au moins 100 millions d'habitants de taudis.
Le Sommet mondial du développement durable (septembre 2002 - Johannesbourg) a complété la première cible par l'objectif de développer d'ici 2005 des plans de gestion intégrée des ressources en eau et de gestion efficace.
1,6 milliard de personnes en eau potable et 2,2 milliards en assainissement sont ainsi à desservir d'ici 2015. Le rapport du panel mondial présidé par Michel Camdessus a montré que l'atteinte de ces objectifs nécessitait a minima un doublement de l'ensemble des contributions (aide publique au développement, secteur privé, consommateurs...).
Population à desservir dans le monde d'ici 2015
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Populations à desservir
(en millions de personnes) |
Alimentation en Eau Potable |
Assainissement |
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Rural |
Urbain |
Total |
Rural |
Urbain |
Total |
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Monde |
580 |
1020 |
1 600 |
1100 |
1100 |
2 200 |
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dont Afrique |
190 |
210 |
400 |
200 |
210 |
410 |
Source : Joint Monitoring Programme on water supply and sanitation (JMP)
Le forum mondial de l'eau et les principales initiatives des bailleurs de fonds
Les gouvernements se sont retrouvés lors du 3ème Forum mondial de l'eau à Kyoto en mars 2003 pour travailler à réalisation des OMD. Le panel mondial présidé par Michel Camdessus y a présenté son rapport « Financer l'eau pour tous ». Il recommande notamment aux bailleurs de doubler leurs financements dans ce secteur, de mieux mesurer l'impact de l'aide, d'accroître son efficacité et enfin de rechercher un meilleur effet de levier de l'aide publique sur les autres sources de financement.
L'Union Européenne a lancé en 2002 à Johannesbourg l'initiative européenne de l'eau. Elle vise à participer à la réalisation des OMD par l'inscription prioritaire de ce secteur dans les politiques nationales, le renforcement de la coopération entre bailleurs et bénéficiaires ainsi qu'une plus grande efficacité des mécanismes financiers. Elle a par ailleurs lancé une Facilité européenne pour l'eau pour appuyer la mise en œuvre de l'Initiative européenne. Cette facilité budgétaire est dédiée aux pays Afrique Caraïbe Pacifique (ACP). Une première tranche de 250 millions d'euros a été approuvée par le Conseil de l'Union en mars 2004 et a fait l'objet d'un premier appel à propositions d'un montant de 180 millions d'euros le 11 novembre 2004. Une deuxième tranche sera libérée après examen des résultats de la première. La décision d'affecter 500 millions d'euros supplémentaires sera prise en mars 2005.
La Banque Africaine de Développement (BAfD) coordonne deux initiatives majeures dans le secteur de l'eau en Afrique :
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La facilité africaine pour l'eau : créée à l'initiative de la conférence des ministres africains pour l'eau (AMCOW), mais abritée par la Banque, cette facilité financera d'une part la mise en place de l'environnement institutionnel et des capacités nécessaires à une gestion efficace et efficiente des ressources en eau, d'autre part des infrastructures innovantes, de petite taille, en milieu rural. Ces projets pilotes visent à explorer de nouvelles modalités techniques, de gestion ou de financement, afin de faciliter le montage de projets dans le cadre de l'initiative. Le montant des ressources à mobiliser s'élève à $ 615 M sur 5 ans, dont $ 170 M seraient consacrés à la composante facilitation (capacity-building) et $ 434 M à la composante investissement.
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L'initiative pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement en milieu rural : coordonnée avec le NEPAD, cette initiative vise à contribuer à l'atteinte de l'objectif du millénaire pour le développement en matière d'eau. Elle a ainsi pour objet de financer les infrastructures physiques nécessaires à l'accès à l'eau potable de 80% des populations rurales africaines (OMD n°7). Dans le cadre de cette initiative, la BAfD jouerait un rôle de chef de file, chargé de la bonne articulation des interventions internationales dans le domaine de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement en Afrique. Le montant des ressources que la BAfD entend mobiliser s'élève à 14.2 Milliards d'US$, sur la période 2005-2015.
La Banque mondiale, en consultation avec les Institutions Financières Internationales, s'attache à mettre en oeuvre les propositions émises par le panel Camdessus, notamment la création de nouveaux outils de financement et de mécanismes de couverture des risques. Elle prend par ailleurs en compte le rôle clé des infrastructures dans le domaine de l'eau et de l'assainissement et la nécessité d'un accroissement important des aides dans ce domaine pour atteindre les Objectifs du Millénaire.
L'aide britannique a lancé la Facilité de financement international (IFF) dont l'objectif est de sécuriser les engagements nécessaires à l'achèvement des OMD et d'en accélérer le déboursement.
La France, qui a placé l'eau au cœur des priorités du G8 à Evian (juin 2003) et a fait adopter un plan d'action pour l'eau (reprenant en particulier les préconisations du rapport Camdessus) s'attache à maintenir ce thème à l'agenda du G8. La France pilote la composante « gestion intégrée des ressources en eau » de l'initiative européenne dédiée à l'Afrique et contribue également à plusieurs groupes de travail.
Elle co-organise avec la BAfD, le 1er avril 2005, à Paris, une conférence internationale pour mobiliser les fonds nécessaires à la mise en œuvre de l'initiative, et permettre ainsi d'atteindre l'objectif du millénaire pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement en Afrique rurale.
Deux engagements politiques gouvernent l'aide française dans le secteur de l'eau
Le Président de la République a rappelé l'engagement de la France à soutenir les objectifs du millénaire pour le développement, et en particulier la cible de l'accès à l'eau et à l'assainissement, lors du sommet du G8 à Evian.
Il a par ailleurs annoncé que « la France a pris pour sa part ses responsabilités en décidant de doubler, ce qui représente des sommes importantes, son action et sa participation dans le domaine de l'eau »[1]. Ceci s'inscrit dans son engagement de parvenir en 2007 à un effort d'aide de 0,5% de son Revenu National Brut (RNB) et d'atteindre en 2012 l'objectif de 0,7% préconisé par l'Organisation des Nations Unies (ONU). La France entend ainsi prendre sa part dans la mise en œuvre du consensus de Monterrey.
[1] Conférence de presse du Président de la République Française, 3 juin 2003, sommet du G8 à Evian G8 à Evian.